Par Moustapha Allamine, à N’Djaména

À peine nommé ministre de l’Environnement, de la Pêche et du Développement durable, Mahamat Ahmat Lazina, conseillé par les lobbies qui l’ont fait entrer au gouvernement, s’est attaqué au pétrolier CNPCI (China National Petroleum Corporation) en suspendant ses permis, avant d’être rappelé à l’ordre. On ne badine pas avec les intérêts du géant chinois. Telle a été la leçon administrée au jeune chef de parti qui larmoyait il y a quelques mois encore qu’il n’y a ni démocratie ni justice au Tchad.

Depuis sa nomination, le moindre parapheur déposé sur sa table est une occasion pour soutirer de l’argent aux responsables de projets, et autres partenaires qui aident le pays, dans sa marche vers le développement.

C’est ainsi que Mahamat Lazina s’est laissé entraîner par un individu malicieux dans une affaire louche pour faire retarder l’évolution de l’un des projets importants de la Banque mondiale (BM), le projet du développement local et d’adaptation aux changements climatiques “ALBIA”.

Il s’agit de Ahmat Djimet Erdilo, responsable administratif et financier (RAF) dudit projet qui a poussé le ministre à relever de ses fonctions, le 03 août 2021, le coordonnateur du projet “ALBIA” et suspendre le spécialiste en passation du projet pour les motifs non fondés de « Violation du code des marchés publics et ses mesures d’accompagnement. Non-respect des mesures administratives prises en date du 20 avril 2021, interdisant la signature des actes à effet financier ».

Le dossier en question concerne la signature des deux conventions de maîtrise d’ouvrage déléguée, prévues dans l’accord de financement signé avec la Banque mondiale et qui écarte d’office l’application du code des marchés publics (réf. article 8 et suivants du Code des marchés publics qui soulignent une dérogation en ce sens) ; le premier motif se trouve balayé par cette disposition.

Quant au second motif, les deux conventions de maîtrise d’ouvrage déléguée ont été envoyées au bureau de l’ancien ministre de l’Environnement avant le 20 avril 2021, date du décès officiel du maréchal Idriss Déby Itno. La date mentionnée dans ces conventions était le 20 avril 2021 dans la matinée, évacuant ainsi les dossiers signés la veille.

En vérité, le responsable administratif et financier (RAF), voulant trop s’intéresser aux marchés dudit projet, a voulu écarter le coordinateur et le spécialiste en passation des marchés pour mieux se sucrer. Pour parvenir à ses fins, il a, selon de bonnes sources, graissé la patte du ministre Lazina et usé, comme d’habitude, de ses entrées à la présidence de la République pour obtenir une note qui pouvait faire office de couverture au ministre Mahamat Lazina.

Ce dernier a, selon ses camarades du Mouvement national pour le changement au Tchad (MNCT), sa formation politique, conclu l’achat d’une nouvelle maison à plus de 72 millions de FCFA.

Manque d’éthique

Aussi faut-il rappeler que le responsable administratif et financier, Ahmat Djimet Erdilo, est un individu qui n’a ni éthique ni sens du secret professionnel. C’est pourquoi il s’est investi personnellement à contester le manuel des procédures du projet et a demandé au ministre sortant, Brahim Mahamat Djamaladine, alias Djamaladine Brahim Annaï, de suspendre les activités pour le volet de passation des marchés, parce que, dans les acquisitions, les seuils ne lui agréaient pas.

Une suspension des activités qui a causé trois mois de retard au projet !

La même personne va dénoncer la signature des deux conventions dans le journal “La Voix” et auprès de l’Inspection générale d’État (IGE), usant de ses relations en soulignant que le coordonnateur et le Général de corps d’armée Bichara Issa Djadallah auraient reçu la somme de 200 millions de FCFA pour signer les deux conventions dans la précipitation. De fausses allégations qui ont coûté une fois de plus un autre retard, depuis le 21 mai 2021 jusqu’à ce jour, aux activités de passation des marchés, suspendues par une mission de l’Inspection générale d’État (IGE).

Récidive

Il faut aussi rappeler qu’Ahmat Djimet Erdilo n’en est pas à son premier fait. Au Programme de développement de la résilience et de lutte contre l’insécurité alimentaire au Tchad (PDRLIAT), financé par la Banque islamique de développement (BID) à plus de 16 milliards de FCFA sur cinq ans, depuis 2017, ce monsieur véreux a usé des mêmes malices pour avoir la tête du coordonnateur et s’est imposé, en cumulant les postes de responsable administratif et financier (RAF) et de spécialiste en passation des marchés. Chose inadmissible selon les procédures de la Banque mondiale (BM) qui indiquent que chaque spécialiste a des attributions bien définies.  Mais le sieur Ahmat Djimet Erdilo a refusé les règles et a préféré se lancer dans ses manœuvres de torpillage habituelles.

Le risque est que, à cause de l’ego, de la soif d’enrichissement illicite et des intérêts d’une seule personne, le Tchad risquerait de perdre un financement de 29 milliards de FCFA, car il y a déjà eu plusieurs retards dans la mise en œuvre du projet. De telles personnes empoisonnent et grippent le bon fonctionnement de l’administration publique tchadienne, déjà en état de délabrement avancé.

Vivement que cette situation puisse interpeller les plus hautes autorités du pays, notamment le président du Conseil militaire de Transition (CMT), qui se sont résolument engagées à dépoussiérer les services publics de tous les prévaricateurs et détourneurs des deniers de l’État !

Car, comme l’a dit l’ancien président américain, John Fitzgerald Kennedy : « Ne demandez pas ce que votre pays peut faire pour vous. Demandez ce que vous pouvez faire pour votre pays. »

À bon entendeur, salut!

Correspondance particulière

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