Créancier du Tchad et du Congo, le géant du négoce pétrolier Glencore est confronté à deux situations très différentes. Au Tchad, qui s’est placé sous l’égide du “cadre commun” pour le traitement de la dette du G20, il doit négocier sur un pied d’égalité avec les autres créanciers. Au Congo, en revanche, il poursuit les discussions à huis clos.

Ce sera l’un des sujets les plus âprement discutés le mois prochain, en marge des assemblées annuelles du Fonds monétaire international (FMI) et de la Banque mondiale : un an après son adoption par le G20, le “cadre commun pour le traitement de la dette souveraine” (Common Framework), le programme pilote qui place tous les créanciers d’un Etat sur un pied d’égalité, entre dans une deuxième phase, touchant cette fois à la dette privée. Créancier de plusieurs pays, le géant suisse du négoce Glencore fait face à des situations diamétralement opposées selon qu’ils ont fait appel ou non à ce “cadre commun”.

Sous contrainte avec N’Djamena

Sur les trois pays qui ont demandé au Club de Paris la renégociation de leur dette selon ces termes, à savoir le Tchad, la Zambie et l’Ethiopie, un seul, le Tchad, a obtenu gain de cause et vu ses créanciers souverains former un comité. Celui-ci s’est déjà réuni à quatre reprises, la dernière fois en juin. Pour la Zambie, le Club de Paris attendait le résultat de l’élection présidentielle en août et, pour l’Ethiopie, la Chine traîne des pieds (AI du 21/07/21).

Lors de leurs quatre réunions, les créanciers du Tchad ont esquissé les termes d’une restructuration de la dette du pays. Ils ont demandé à N’Djamena d’obtenir de ses créanciers privés, avant leur prochain sommet, un accord de restructuration indexé sur les termes qu’ils sont prêts à accorder. En fait de créanciers privés, le Tchad n’a qu’un seul interlocuteur, Glencore, qui concentre 98 % de la dette commerciale du pays, soit 684 milliards de francs CFA (1,24 milliard de dollars). Cette dette a été accumulée à la suite de la syndication, par le trader suisse, d’un prêt remboursable en pétrole de 1,35 milliard de dollars en 2014 pour le rachat des parts de Chevron dans les gisements de Doba, suivi de plusieurs préfinancements de la production nationale, en 2018 et 2019.

Glencore avait déjà négocié, en 2018, une première restructuration de sa créance avec le Tchad (AI du 06/03/18), mais les pourparlers avaient eu lieu de façon bilatérale et à huis clos. Cette fois-ci, le trader va devoir s’aligner sur les termes prévus par les créanciers souverains. S’il refuse, le géant du négoce devra endosser, seul, la responsabilité d’avoir fait échouer le rééchelonnement de la dette d’un des pays les plus pauvres du monde. Le groupe vient cependant d’annoncer un profit annuel de 500 millions de dollars et son nouveau PDG, le Sud-Africain Gary Nagle, multiplie les annonces sur la volonté de Glencore de prendre en compte les questions sociétales et environnementales, longtemps méprisées sous l’ancienne direction d’Ivan Glasenberg.

A huis clos avec Brazzaville

S’il a les mains liées sur la dette tchadienne, Glencore garde une large marge de manœuvre dans ses négociations avec ses autres débiteurs en Afrique, et singulièrement avec le Congo. La dette de ce pays envers le trader s’élève à 732 millions de dollars, à quoi s’ajoutent des arriérés de 538 millions de dollars. Contrairement au Tchad, Brazzaville n’a pas demandé à restructurer sa dette selon les termes du “cadre commun” du G20, et négocie avec ses créanciers un à un. Des compromis ont ainsi été conclus l’an dernier avec un autre courtier pétrolier, Trafigura, puis, début 2021, avec Glencore (AI du 18/02/21).

Mais ces accords sont restés à l’état de projets, sans être signés, et n’ont jamais été soumis au FMI. En outre, l’équipe gouvernementale congolaise a entretemps changé (AI du 19/05/21) et considère certaines des discussions passées comme nulles et non avenues, au point de nier qu’elles aient jamais existé. Une situation qui, officieusement, sert plutôt les intérêts de Glencore : lorsque le groupe avait envisagé un compromis avec le Congo au début de l’année, le prix du brut tournait autour de 50 dollars. Il est aujourd’hui au-dessus de 70 dollars, ce qui permet au groupe d’envisager des rééchelonnements dans une tout autre configuration.

Lors de son déplacement à Paris la semaine dernière (AI du 27/08/21), le premier ministre congolais Anatole Collinet Makosso a évoqué le sujet avec ses interlocuteurs français. Ceux-ci l’ont vivement incité à négocier des compromis durables avec Glencore et Trafigura et se sont engagés à soutenir la reprise des déboursements du FMI, suspendus depuis deux ans, s’il y parvient. Mais le Congo, qui n’a plus de banque-conseil (AI du 20/01/21), est seul pour discuter face aux géants du négoce pétrolier et ne peut, contrairement au Tchad, s’appuyer sur un compromis avec ses créanciers souverains.

Tchadanthropus-tribune avec la Lettre du Continent

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