Réunions secrètes, divisions intestines, task-force… Voici les premiers détails des négociations sur la participation des groupes politico-militaires au futur dialogue national tchadien.

Le 6 septembre, à N’Djamena, une délégation se réclamant de l’Union des forces de la résistance (UFR) a rencontré le président de la transition, Mahamat Idriss Déby Itno. Menée par Mahamat Abdelkerim Hanno et Mahamat Doki Warou, anciens conseillers politiques du mouvement, elle a assuré au chef de l’État que ses membres étaient prêts pour le futur dialogue national inclusif, lequel doit être organisé avant la fin de l’année.

Selon nos sources, le leader de l’UFR, Timan Erdimi – neveu rebelle de feu Idriss Déby Itno en exil au Qatar – ne reconnaît toutefois aucun pouvoir à cette délégation. Il assure que celle-ci a été réunie par Mahamat Abdelkerim Hanno, lequel a pris ses distances avec l’UFR depuis plus d’un an. « Ce monsieur a rassemblé des compatriotes de la diaspora, malléables et corvéables, pour faire sa propre publicité », dénonce-t-il.

Aucun contact avec son cousin

L’aile Erdimi de l’UFR a pour le moment fermé la porte à une participation au dialogue national organisé par la transition à N’Djamena. Le patron du parti affirme attendre qu’une délégation du nouveau pouvoir tchadien se rende à Doha, où il réside sous surveillance, pour prendre langue directement avec lui. Mais aucun contact direct n’existerait pour le moment avec les équipes de son cousin, Mahamat Idriss Déby Itno.

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Timan Erdimi affirme en outre ne pas avoir été associé au processus de discussions qui a eu lieu à Lomé sous le patronage du président Faure Essozimna Gnassingbé et de son ministre des Affaires étrangères, Robert Dussey. Ce dernier a mené des négociations en liaison avec la présidence tchadienne pour faciliter la participation des groupes politico-militaires au dialogue national.

Sept rencontres ont déjà eu lieu dans la capitale togolaise entre les délégations de neuf groupes rebelles – dont celle de l’UFR non reconnue par Erdimi –, du Front pour l’alternance et la concorde au Tchad de Mahamat Mahdi Ali, du Conseil de commandement militaire pour le salut de la République (CCMSR) et du Front de la nation pour la démocratie et la justice au Tchad (FNDJT).

LE FACT, RESPONSABLE DE LA MORT D’IDRISS DÉBY ITNO, EXIGE UNE LOI D’AMNISTIE GÉNÉRALE

Goukouni Weddeye sur le pont

Selon nos sources, les discussions devraient franchir un nouveau cap avec l’arrivée de l’ancien président tchadien Goukouni Weddeye, nommé à la tête du comité technique chargé d’échanger avec les rebelles sur leur participation au dialogue. Composée de hauts gradés de l’ancien régime – dont onze généraux – et de fidèles de l’actuel président de la transition, cette équipe de 29 membres s’apprête à envoyer des délégations restreintes auprès des principales composantes rebelles à l’étranger. Leur première étape pourrait être le Cameroun, mais une source interne au comité assure que le calendrier n’est pas encore pleinement défini.

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L’Union des forces pour la démocratie et le développement (UFDD) de l’ex-général et ancien ministre Mahamat Nouri se dit ouverte au dialogue, mais pose comme préalable la réhabilitation par l’État tchadien de l’ancien président Hissène Habré, décédé au Sénégal le 24 août dernier. Le FACT, responsable de la dernière offensive rebelle ayant coûté la vie à Idriss Déby Itno, exige quant à lui une loi d’amnistie générale.

Du côté de l’UFR, Timan Erdimi estime qu’un sommet officiel réunissant les autorités de la transition et les groupes politico-militaires devrait précéder le futur dialogue national inclusif. « Comment voudriez-vous mettre côte à côte des humanitaires, des syndicats, des hommes politiques de l’intérieur et des hommes armés en exil ? Nous n’avons pas les mêmes perceptions de la situation et nous n’utilisons pas le même langage », explique-t-il à Jeune Afrique. Le neveu de feu Idriss Déby Itno souhaite que ce rendez-vous ait lieu à Doha. Il se dit également ouvert à une rencontre de préparation avec l’ancien président Goukouni Weddeye.

Mahamat Idriss Déby Itno au Qatar

Lors d’éventuelles négociations sur son lieu de résidence au Qatar, la situation de Timan Erdimi lui-même sera un enjeu. En exil surveillé dans un établissement hôtelier de Doha depuis 2009 – après qu’un accord a été trouvé entre Idriss Déby Itno et le Soudanais Omar el-Béchir –, le leader de l’UFR pourrait exiger une amnistie et un rétablissement de sa liberté de mouvement et celle de son frère jumeau Tom Erdimi.

LE FRÈRE JUMEAU DE TIMAN ERDIMI SERAIT DÉTENU PAR LES SERVICES DE RENSEIGNEMENT TCHADIENS

Des discussions sont en cours à N’Djamena autour de Mahamat Idriss Déby Itno au sujet du cas de Timan Erdimi. Selon nos informations, le président de la transition est favorable à une amnistie en faveur de ce dernier et souhaiterait qu’il bénéficie de la loi prise par son père et prédécesseur en 2009. Toujours d’après nos informations, il a prévu de se rendre au Qatar durant la semaine du 13 septembre et pourrait en profiter pour avancer dans ce dossier.

Les deux neveux de l’ancien président Déby Itno ont été condamnés à mort par contumace en 2008 pour leur participation à une tentative de renversement du pouvoir en 2005. Selon nos sources, Tom Erdimi, qui vivait jusqu’à il y a peu en exil à Houston, aux États-Unis, est toujours porté disparu. Selon ses proches, il aurait été arrêté en Égypte en septembre 2020, alors qu’il effectuait un séjour au Caire, où réside une partie de sa famille et où il a déposé une demande d’asile, toujours en cours d’examen.

Selon ses proches, il aurait été maintenu en détention dans une prison des services de renseignement égyptiens et leur dernier contact avec lui remonterait au début du mois de novembre 2020. Une partie de la famille, qui accuse les autorités tchadiennes – et en particulier l’Agence nationale de sécurité – d’être les instigatrices de cette interpellation, affirme cependant (sans preuves) que Tom Erdimi aurait été extradé secrètement vers le Tchad. Son frère jumeau estime pour sa part qu’il se trouve toujours en Égypte. Quant aux autorités tchadiennes, elles assurent être étrangères à l’arrestation et démentent formellement toute extradition.

Tchadanthropus-tribune avec Jeune Afrique

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